Le Millésime 2016 à Bordeaux: un miraculé magnifique!

Avril 2017

La fameuse « Semaine des primeurs » vient de s’achever dans les vignobles bordelais et les milliers d’acheteurs, journalistes et critiques du monde entier peuvent rentrer au pays après avoir dégusté des centaines de jeunes crus 2016 de toutes les appellations du Medoc, des Graves, des St Emilion et ses satellites, Pomerol mais aussi Fronsac, Castillon, Blaye, Bourg ou encore de l’Entre-deux-Mers. Rappelons que ces dégustations « primeurs » concernent les vins du millésime 2016 qui vient a été mis en fûts pour élevage il y a seulement 2 ou 3 mois. Et il devra y rester encore 12 à 20 mois selon les châteaux et les appellations. Le vin goûté ne donne donc qu’une première idée du résultat final mais il permet à tous les acheteurs de se faire une idée sur la qualité du millésime et de placer leurs commandes « en primeur » pour ces vins qui ne seront ensuite livrés que dans 12 à 24 mois selon les châteaux. Après une année 2015 où toutes les phases météo s’étaient enchainées idéalement pour produire finalement un superbe millésime, 2016 s’est présentée sous des auspices nettement moins favorable. Printemps frais et pluvieux, floraison perturbée, puis Juillet très, trop chaud…avec de l’humidité. Et un début de sécheresse préoccupante vers fin Juillet, et encore en Septembre. Et chaque fois que la partie paraissait compromise, le ciel est venu en aide à Bordeaux: Avec les belles pluies de fin juillet d’abord avant de retrouver un mois d’Août chaud et sec; puis avec les pluies de mi-septembre…Et enfin avec un chaud soleil d’octobre pour assurer la maturité parfaite des cabernet! Et le résultat est là: dans toutes les appellations, beaucoup de couleur, de fruit, d’intensité, des tannins agréable..et une belle acidité! Que demander de plus? Du volume? Et bien il y en a aussi, à la différence de 2015! Quel terroir a donné les meilleurs résultats? Franchement difficile à dire tant tout est très bon. Le Nord Médoc et notamment Pauillac et St Estèphe devraient cependant s’affirmer comme vraiment exceptionnels car leur forte proportion de cabernet a bénéficié à plein de l’arrière saison avec certaines vendanges qui se sont attardées jusque début novembre! Si on ajoute que les blancs secs et les Sauternes sont aussi très réussis, on comprend que Bordeaux ait le sourire! Il reste à espérer que les Châteaux resteront raisonnables dans la fixation des prix pour ne pas déséquilibrer un marché encore fragile. Pour terminer, une pensée pour les nombreux autres magnifiques vignobles français qui n’ont malheureusement pas eu la même réussite et dont certains comme la Bourgogne ou Chablis notamment ont vraiment souffert.

 

YO VINO dans les vignobles autrichiens

février 2016

Les vins autrichiens évoquent en France au mieux…rien et au pire le fameux scandale de 1985 quand des viticulteurs peu scrupuleux avaient ajouter de l’éthylène Glycol- en clair de l’antigel- dans leurs vins pour donner plus de moelleux à des millésimes durs. Le vignoble faillit ne jamais se remettre de cette sombre affaire.Heureusement en Autriche comme dans d’autres pays de vieille tradition viticole, le courage, l’exigence et une législation impitoyable ont permis à l’Autriche de renouer avec son glorieux héritage. Car la vigne est implantée en Autriche depuis au moins 2300 ans, soit à peu près la même ancienneté qu’en France. Les principaux vignobles se concentrent à l’Est du pays, près de Vienne, et au sud est, dans des paysages de collines douces, sur les coteaux du Danube…très loin des vallées alpines de l’Ouest qui constituent l’image d’Epinal de l’Autriche! Le domaine des grands blancs secs est la région de Wachau, Kemptal et Kremstal – environ 60 km NO de Vienne-, où le Grüner Veltliner trouve son terroir d’élection. Il donne un blanc sec, subtilement aromatisé avec une belle acidité. Il est parfois légèrement perlant. On y trouve aussi de très bons Riesling et Welshriesling très parfumés et vifs. la richesse et la variété des cépages autochtones fait d’ailleurs le charme des vins autrichiens. Le long du Danube, à l’Est de Vienne, en direction de la Hongrie, on trouve davantage de rouge, produit notamment avec le Blauer Zweigelt, qui donne des vins plutôt fruités, manquant parfois un peu de corps.On y trouve aussi d’excellents Blaufrankisch, remarquable cépage rouge locale qui donne des vins profonds, épicés, aux arômes animaux, très aptes au vieillissement. La région qui présente le plus de diversité est certainement le Burgenland, au sud est de Vienne où on trouve aussi bien de grands blancs que des rouges exceptionnels. Si si! Ne pensez surtout pas que les vins autrichiens ne sont que des « petits vins agréables et frais » à boire jeunes comme la fausse représentation « montagnarde » pourrait le faire croire.Ce ne sont pas non plus des vins « allemands » qui ressembleraient aux Riesling de la vallée du Rhin. La vérité est qu’ils possèdent une identité propre et très qualitative! L’endroit sans doute le plus étonnant du Burgenland est la région du vaste lac Neusiedlsee dont les rives est et ouest sont couvertes de vignes. Les eaux du lac, bien que peu profondes ont un effet régulateur sur le climat et permettent de réaliser des vins magnifiques autour de Gols sur la rive Est et de Rust à l’Ouest. Le plus étonnant est la variété des vins que l’ont peut y trouver. J’ai eu le privilège d’en faire l’expérience émouvante et typique avec Hermann et Eleonore Hammer à Rust. Sur leur vignoble de 4,5 ha (!) dans les meilleurs terroirs de Rust, il est capable de produire de somptueux liquoreux Icewein- récoltés en dessous de -6 degrés, des Auslese au Ausbruch issus de Chardonnay, Grüner Veltliner, Welschriesling et même Blaufrankisch botrytisés. Ces grands liquoreux bénéficient des brumes du lac qui favorisent le développement du Botrytis à partir d’Octobre. Il est d’ailleurs intéressant de noter que ces vins existent depuis au moins le XVI ième siècle, soit bien avant les Sauternes… Mais aussi un très beau sauvignon, sec, minéral et gras. Ou encore de très profonds rouges issus de Blaufrankish…amples, épicés, fruits noirs intenses. Et même un superbe Merlot dont j’ai apprécié avec le millésime 2001 tout la finesse et la tenue après 15 ans…Beaucoup de fruit, rond et soyeux, belle structure tannique fondue…un délice! Il faut dire qu’Hermann Hammer étalonne ses Merlot avec Pétrus et le Pin à Pomerol, ce qui donne une idée de son exigence et de ses ambitions! Outre le micro climat tempéré de cette région, sa spécificité tient aussi à l’étonnante variété des sols que l’on y trouve: des loess, des marnes, des calcaires, des argilo calcaires, des galets…qui permet justement à des cépages très différents d’y donner une grande expression, en profitant aussi des différents micro-climats selon l’altitude, l’orientation ou la proximité du lac. La plupart des exploitations sont restées familiales et de taille modeste et utilise des méthodes de vinification traditionnelles et qualitative.L’élevage en fût de chêne est généralisé pour les vins les plus qualitatifs, y compris les blancs.

YO VINO vous souhaite une année 2016 très pétillante et pleine de découvertes!

Vive le joyeux esprit dionysiaque du Beaujolais nouveau!

Novembre 2015

Vive le Beaujolais nouveau!

Oui chers amis oenophiles, ce 19 novembre, troisième jeudi de novembre est marqué par la sortie du Beaujolais nouveau 2015! J’entends déjà certains commentaires cinglants critiquant ce vin: « ce n’est pas du vrai vin », « c’est une opération marketing » « il donne mal à la tête! »…et d’autres sans doute bien pire! Et  bien oui, c’est une opération marketing…qui dure avec succès depuis plus de 40 ans et qui reprenait l’habitude locale de boire le vin nouveau fin novembre. A ce niveau, on peut parler de tradition autant que de marketing! D’autant que ce mot n’a rien de péjoratif s’il aide à faire connaitre et vivre les vins! car le Beaujolais nouveau est un vrai vin! jeune, vif, nouveau mais accompli et vrai! Oui certains faisaient mal à la tête à cause des excès d’anhydride sulfureux ajouté pour les conserver. C’est de moins en moins le cas car, comme dans tous les vignobles, les vignerons du Beaujolais se sont aperçus que les vins médiocres se vendent de moins en moins, et ce dans tous les pays. Les beaujolais nouveaux sont donc aujourd’hui bien meilleurs qu’il y a 15 ans! Et on peut aimer passionnément les grands Bordeaux et les grands Bourgogne…tout en appréciant beaucoup ce petit rendez vous rituel de fin novembre, qui nous ramène à la simplicité et au plaisir dionysiaque du vin: une robe violette franche, la fraicheur des fruits rouges du Gamay, la vivacité un peu perlante sur la pointe de la langue, les verres ballons, une terrasse de bistrot, quelques amis et des rires…what else?! c’est aussi cela le vin et le Beaujolais nouveau fait un joyeux compagnon de table pendant quelques jours! Evidemment tous ne se valent pas, comme partout, et il faut essayer de privilégier les vins d’un producteur que vous aurez déjà apprécié, accepter de payer un peu plus cher un « beaujolais village » et ne pas bouder son plaisir! Ajoutons que l’année 2015 a été très généreuse avec le Beaujolais comme avec le plupart des vignobles!

N’oubliez cependant pas les Beaujolais le reste de l’année! Les 10 crus de l’appellation (Brouilly, Saint Amour, Morgon, Fleury, Juliénas, Chenas, Régnié, Côte de Brouilly, Moulin à vent, Chirouble) offrent une grande variété d’interprétations du Gamay sur sous-sol granitique qui vous surprendront et vous raviront!

Dégustation sur la ville!

Septembre 2015

Dégustation de prestige au sommet de la Tour Pey Berland, face à la cathédrale St André, au coeur de Bordeaux. Le soleil couchant de septembre éclaire la pierre d’une chaude lumière dorée. Température de 26°, brise très légère. Conditions idéales pour partager avec notre groupe quelques très beaux flacons: Puligny-Montracher 1er cru La Garenne, Sauternes Chateau Myrat 2005, Nuit St Georges  Julienas, Clos St Marc 1er cru, Chateau Giscours 2008. Un beau moment d’émotions pour les 15 participants auxquels la dimension spirituelle du vin est apparu de façon encore plus éclatante.

Vinexpo 2015

Juin 2015

Chaque nouvelle édition de Vinexpo, en juin des années impaires fait de Bordeaux la capitale mondiale de la planète vin pour 5 jours. Le plus grand salon mondial des vins et spiritueux voit converger des dizaines de milliers de professionnels-l’entrée leur est exclusivement réservée- vers Bordeaux où tous les hébergements sont réservés longtemps à l’avance et à prix d’or.Cette année encore Vinexpo proposait un plateau très riche de plus de 2500 exposants venus de tous les pays producteurs, avec une mention spéciale pour un vin syrien présenté pour la première fois. Avant d’atteindre cette terre promise du vin, le visiteur dument accrédité et badgé doit d’abord traverser une vaste étendue d’eau sur une passerelle flottante recouverte d’un épais tapis rouge. Le léger effet de tangage ressenti en arrivant est pour certains largement amplifié lors du trajet retour. A l’arrivée de la passerelle, le visiteur retrouve la terre ferme en découvrant l’élégante allée bordant le lac où s’alignent les restaurants et les pavillons les plus prestigieux des grands vins et grands champagnes: jardins reconstitués, fontaines, tentures, terrasses sur le lac, accortes hôtesses…ici tout n’est que luxe calme et volupté pour accueillir les clients importants. Le calme est parfois troublé par l’arrivée ou le départ d’un hélicoptère permettant de rejoindre rapidement les vignobles sans subir les affres de la circulation périurbaine.Dès l’entrée dans le vaste hall principal, on est frappé par le gigantisme de l’exposition et son universalité: les stands énormes des grands groupes mondiaux de spiritueux côtoient les stands bon chic des négociants, tout proches des vastes pavillons des régions ou des pays: Languedoc, Grèce, Corse, Portugal, Liban, Argentine, Brésil, Autriche, Californie, Uruguay, Savoie, Espagne, Italie, Afrique du Sud, Géorgie… tout le monde est là! Le dress code sur les stands est dans les allées est au diapason de l’élégance bordelaise: costume pour les hommes, robes et talons pour les femmes. Nous ne sommes pas à la kermesse du vin nouveau! Les langues sont en revanche très diverses: si l’anglais est la base commune, on entend beaucoup de conversations en chinois-de plus en plus-, en russe, en espagnol, en italien, en français aussi bien sûr! un vrai caravansérail viticole. Des dizaines de milliers de vins à découvrir et à déguster mais surtout des commandes à enregistrer et des vins à vendre car telle est la finalité absolue de ce salon qui ne doit pas être confondu avec un salon de dégustation pour amateurs. L’ambiance est donc toujours très business et l’attention reçue dans les stands par chaque visiteur proportionnelle à l’estimation de son potentiel de commandes. L’atmosphère se décontracte nettement au fil des jours  pour finir par devenir très conviviale le dernier jour alors qu’une partie de l’énergie des exposants s’est peu à peu dispersée dans les nombreuses et brillantes soirées qui constituent le « Off » de Vinexpo. Tous les châteaux du Médoc, des Graves, de St Emilion de Sauternes et de Pomerol, quel que soit leur rang mettent un point d’honneur à recevoir leurs meilleurs clients pour des diners mémorables, évidemment somptueusement arrosés. Ce programme « Off » est bien plus exclusif que le programme officiel et l’invitation à tel ou tel diner est étroitement déterminé par le rang de l’intéressé dans le mundillo du vin. Le Summum cette année encore était la grandiose Fête de la Rose au Chateau Montrose à St Estèphe qui accueillait 1000 invités privilégiés, black tie de rigueur bien sûr! Les intronisations en grandes pompes et grand habit folklo-traidtionnel de quelques célébrités et quelques importateurs prometteurs dans la Confrérie du Bontemps du Medoc et des Graves ou dans la Jurade de St Emilion impressionnent toujours fortement les impétrants et en font des ambassadeurs efficaces des Bordeaux. La soirée de célébration des 160 ans du Classement de 1855 à Margaux faisait aussi partie des musts…tout comme la soirée d’ouverture à Smith Haut Lafitte ou la soirée au Chateau Pape Clément. Ces brillantes mondanités vinicoles qui éblouissent tous les nouveaux acheteurs sont absolument uniques dans le monde du vin, et peut-être dans le monde tout court, et sont essentielles au rayonnement mondial des vins de Bordeaux… et à leur vente à prix d’or rouge! Encore plus exclusif…le « off off » c’est à dire les déjeuners ou diners privés en comité très restreint en compagnie de quelques sommité du mundillo…et le summum absolu est atteint quand l’intérêt commercial immédiat est remplacé par la convivialité…et l’amitié! si si cela existe aussi à Bordeaux!

Brunello di Montalcino 2010 Piancornello: una storia importante!

Wine tasting Juin 2015

Brunello di Montalcino est une petite appellation toscane dont Feruccio Biondi Santi avait compris tout le potentiel au 19 ième siècle quand il s’acharna à y adapter le fameux Sangiovese.

Très belle bouteille de ce Brunello de Montalcino 2010 d’un petit domaine familial très qualitatif.  Magnifique robe cerise chatoyante caractéristique du noble cépage Sangiovese. Arômes complexes soutenus.de.cassis, cerise, tabac légèrement épicé. Tannins bien présents mais fondus.  Très sec, soyeux et ample. Superbe vibration entre un grand Bourgogne et un Barolo. La grande élégance italienne…

Le Cieliegiolo (« peite cerise ») issu du même domaine, mais produit dans la région du Mareme près de la mer, est aussi très intéressant: plus léger, mais conservant la typicité toscane, c’est un parfait rouge d’été.

Viva o Vinho verde!

Dégustation juin 2015

Les Vinho verde sont produits dans la région de Minho, à l’extrême Nord Ouest du Portugal, dans une région assez montagneuse orientée vers l’Atlantique qui compte des dizaines de milliers de petites exploitations pour une surface totale d’environ 30000 ha. Les principaux cépages blancs cultivés sont l’Arinto,, l’Alvarinho, l’Avesso, le Loureiro et le Trajadura. Les vignes sont conduites de façons très variées, en tonnelle, en échalas, grimpante sur des sols granitiques et schisteux,.. Cela donne un paysage viticole très inhabituel dans lequel on a l’impression d’être partout entouré de plants de vignes de toutes formes. Les vins ont tous une couleur très pâle, avec des reflets verts qui leur donnent leur nom. Ils sont faiblement alcoolisés- moins de 10 degrés- car vendangés tôt, souvent légèrement perlants et d’une belle fraicheur aromatique marquée par les arômes vifs de pomme verte et de citron. Leur légèreté et leur fraicheur en font des vins d’été très agréables. La région produit aussi des rouges légers à base de cépages autochtones également très plaisants à boire frais.

 

Tokajï Eszencia Disznoko: le nectar des Dieux

Dégustation juin 2015

Découverte émouvante de ce vin ou plutôt de ce nectar car si un vin mérite ce mot, c’est bien celui-ci! L’Eszencia se présente comme une liqueur brune ambrée extrêmement onctueuse…et pour cause! elle contient pas moins de 500g de sucre par litre! Ce vin est obtenu de la fermentation du jus extrait par simple gravité des grains botrytisés de raisins Furmint: l’absolu de la concentration! Autre surprise, ce vin ne titre que 3 degrés car la saturation en sucre inhibe considérablement le travail des levures. Le résultat n’est pas un vin mais…un élixir, ou mieux une émotion unique. La sensation de gouter l’essence de quelque chose, ce que dit bien son nom d’ailleurs. Les notes aromatiques sont dominées par le figue et le coing confits, un peu d’écorce d’orange et d’épices dans une ondulation crémeuse qui envoute le palais et nous laisse longtemps sous le charme de cette étrange rencontre.

Chateau Calon Ségur 1999 : St Estèphe au coeur!

Dégustation juin 2015

Dernier millésime du millénaire qui fut dans l’ensemble un millésime plutôt moyen à Bordeaux. Calon Ségur est un 3ième cru classé de St Estèphe faisant une large place au Cabernet Sauvignon puisque le cépage roi de la rive gauche représente ici environ 75% de l’encépagement.

Ce 99 déjà vieux de 16 ans se présente dans une belle robe sombre ne montrant aucun signe d’altération. Le bouquet est intense et complexe, mélangeant des notes de cassis mur, de genièvre, de poivre, de cèdre, de fumée… Le tout parfaitement harmonieux et et dense. En bouche ce Calon Ségur se fait séveux, enveloppant et confirme la promesse de son bouquet. Une belle matière, fine et équilibrée, des tannins serrés, puissants mais élégants structurant merveilleusement ce vin. Finale persistante sur les notes de cèdre, de fumée et de graphite.

Très belle expression de la puissance du terroir puissant et viril de St Estèphe qui honore le célèbre coeur qui orne son étiquette en mémoire du Marquis de Ségur, « Prince des vignes » du 17 ième Siècle qui disait: « Je fais du vin à Lafite et à Latour mais mon coeur est à Calon ».

Des rouges frais à boire l’été!

mai 2015

 

L’arrivée de l’été marque aussi l’arrivée de plus en plus massive de rosé sur les tables. Couleur élégante, léger, frais, facile à boire, c’est incontestablement la star de l’été! Toutes les régions se sont mises à en produire, avec plus ou moins de bonheur, mais les plus équilibrés restent les bons rosés de Provence quand ils sont bien faits, et à condition de rester raisonnable sur les prix.Mais l’été est long et on peut avoir envie de varier un peu les plaisirs. Au dessus de 28 degrés, on oublie tous les vins corsés, puissants, complexes, ou les vieux millésimes. La chaleur alourdit les arômes et ces vins ne pourront pas être appréciés dans de bonnes conditions. C’est le moment de penser aux petits rouges légers qui ont entre autres mérites la capacité de supporter un passage par le réfrigérateur pour un service rafraichissant entre 7 et 9 degrés. Ces vins se caractérisent par un faible degré alcoolique, une structure légère et un spectre aromatique vif mais simple, généralement très marqué par les fruits rouges frais. il est important de les servir jeunes pour préserver toutes ces qualités. Alors quels sont ces vins? Eh bien essayez par exemple les Pinots noirs d’Alsace, dont le plus fameux est le rouge d’Ottrott. Ou les Irancy, à base de Pinot noir et du rare César. Ou du coté du Jura, les méconnus Poulsard- des rouges presque aussi pâles que des rosés- ou Trousseau. Pas loin de là pensez à la Mondeuse de Savoie, mais en évitant les meilleurs producteurs dont les vins méritent maintenant d’autres égards! Ou bien un Gamay de Chautagne, très à l’aise par beau temps. Et bien sûr…mais nous n’y pensons pas assez souvent: le Beaujolais! en privilégiant les appellations « village »…et pourquoi pas les Crus. Du côté de la Loire, les Sancerre rouges seront parfaits..ou les Saumur-Champigny. Certains Bourgueils ou Chinons jeunes peuvent aussi parfaitement convenir. Citons aussi les vins de pays d’Ardèche ou bien un Saint Pourcaint rouge. Mentionnons enfin le rarissime Carajolu, petit rouge très rare et original de Corse. Tous ces vins auront plus de corps et de typicité que la plupart des rosés et accompagneront idéalement viandes et poissons grillés. Vous remarquerez que tous ces vins sont issus de terroirs plutôt situés au Nord ou en altitude. C’est exactement ce qui leur confère cette fraiche simplicité et cette légèreté. Curieusement peu de rouges étrangers à proposer. Il est vrai que la tendance très lourde des 30 dernières années a plutôt encouragé partout la production de vins charpentés. Citons quand même les très peu connus rouges portugais de la région du Minho-plus connue pour ses fameux blancs acidulés Vinho Verde. Ces rouges produits à partir d’une dizaine de cépages locaux sont peu alcoolisés, très vifs et rafraichissants,

Château Pape Clément 1964 : 50 ans en bouteille…

dégustation Juin 2015

Bouteille toujours conservée en cave tempérée en très bon état pour 50 ans passés! Niveau bas goulot normal. Beaucoup d’émotion à l’ouverture de cette bouteille qui, à la manière d’un carottage de la banquise, nous fait remonter le temps 50 ans en arrière…La guerre froide, la crise de Cuba, les Beatles, le Général, la DS, la Dolce vita… »l’univers tout entier dans une bouteille » disait très justement Appolinaire…ce monde a disparu…mais notre vin est bien là! A l’ouverture de la bouteille, le bouquet de 50 ans est assez discret. la bouteille est décantée 20 minutes avant le service pour ne pas risquer d’oxyder trop vite ce vin fragile. Dans la carafe, couleur rubis pâle encore bien présente et chatoyante. Bouquet maintenant subtile, complexe et émouvant de sous bois, feuilles mouillées, truffes, accompagnant une note de fruits noirs plus discrète.

En bouche, corps moyen et très belle impression de finesse soyeuse, pas du tout déséchante comme cela peut être le cas avec de vieux millésimes. La finale longue prolonge délicieusement ce voyage sensoriel à travers un demi siècle…

Lafaurie Peyraguey 2006 : l’or du temps…

Wine tasting Juin 2015

La dégustation d’un grand Sauternes est toujours un moment particulier… « Le soleil des étés d’autrefois brule dans les bouteilles d’Yquem »… écrivait Mauriac. Nous ne sommes pas avec le roi Yquem mais avec un des ses grands seigneurs puisque Larfaurie Peyraguey appartient au cercle restreint des 1ers crus classés de Sauternes.en 1855.

Le soleil de 2006 est bien présent dans la robe or liquide de ce Sauternes qui exhale un bouquet généreux de fruits confits-abricots, ananas- avec une délicate nuance florale. Très ample en bouche, Grande puissance aromatique bien soutenue par la douceur sucrée qui nappe le palais mais ne le charge pas. Un fleuve d’or… qui se prolonge dans un très long final.

Mentionnons que le château de Lafaurie Peyraguey est particulièrement spectaculaire avec son mur d’enceinte crénelé qui nous rappelle les batailles de la Guerre de Cent Ans qui firent rage dans la région. Plusieurs autres châteaux de Sauternes-dont Yquem- portent ces témoignages  architecturaux de périodes troublées.

Chateau Carbonnieux blanc 2003: les grands blancs savent aussi veillir…

Wine tasting Juin 2015

Carbonnieux possède la rare particularité d’être un Pessac-Léognan classé Grand Cru aussi bien en rouge qu’en blanc. 12 ans est déjà un âge respectable pour un blanc sec et nous sommes curieux de découvrir comment celui-ci a évolué. L’étiquette ornée de la célèbre coquille St Jacques rappelle le rôle d’étape jacquère qu’eut jadis ce domaine très ancien, déjà mentionné au XIII ième siècle, qui appartint longtemps aux Bénédictins de l’Abbaye de Sainte Croix. Ce vaste vignoble couvre 70ha d’une belle croupe graveleuse et possède la particularité rare d’être planté pour moitié en blanc, avec les cépages sauvignon et sémillon, stars de l’appellation en blanc.

La robe est d’un beau jaune or, très différente de la couleur généralement très pâle des Carbonnieux jeunes. Très belle onctuosité dans le verre. Rappelons que 2003 fut l’année de la « canicule » qui a donné des blancs précoces, aromatiques et riches mais parfois manquant un peu d’acidité. Le nez de notre Carbonnieux est très nettement évolué et présente une belle harmonie d’arômes automnaux de noix, de coings, d’amandes et de pain d’épice, subtilement vanillée. Très belle évolution en bouche avec une belle ampleur et une acidité moyenne. Finale longue et marquée. Un très beau vin à la palette aromatique très différente de celle d’un jeune Carbonnieux et qui peut décontenancer de prime abord. Excellent avec une viande blanche ou un fromage affiné à pâte pressée-Comté, Beaufort ou un vieux Parmesan.

Savennière Roche aux Moines Domaine aux Moines 92

Dégustation mai 2015

23 ans donc pour ce Savennière Roche aux Moines produit par un duo féminin de charme Monique et Tessa Laroche.

Servi autour de 12 degrés pour permettre à ce blanc vénérable de s’exprimer. Très belle robe or brillant. Aucun signe d’altération. Le vin laisse de belles larmes sur les parois du verre laissant espérer une belle onctuosité. Bouquet très riche, peu oxydatif, floral et fruité de fleur d’oranger, d’acacia, de miel et d’abricot. La robe, les larmes et le bouquet révèlent immanquablement un grand vin liquoreux. La surprise est donc totale lorsque ce vin se révèle parfaitement sec en bouche, nécessitant une resynchronisation des sens. Celle-ci opérée, ce Roche aux Moines s’exprime avec une très belle ampleur et confirme en bouche la complexité de son bouquet. Acidité moyenne mais suffisante pour soutenir une vivacité encore bien présente après 23 ans! Très harmonieux. Finale interminable.Un vin rare à découvrir. Les arômes d’un grand Sauternes sans le sucre.

Montus 2000 cuvée Prestige: si le Miura était un vin…

Dégustation  mai 2015

Cette première édition de la « Cuvée Prestige » du mythique Madiran d’Alain Brumont est un vin issu de sélections 100% Tannat.

La bouteille, parfaitement conservée a été ouverte 1 heure et demie avant dégustation sans décantation.

Dans le verre le Montus 2000 présente une très belle robe rubis très sombre à reflets noirs caractéristique de ce cépage. La couleur très intense ne présente encore aucun signe d’évolution. Bouquet concentré dominé par des notes puissantes poivrées, grillées, sur un fond de fruits noirs révélé par l’aération.

En bouche le Montus donne toute sa mesure. Attaque très franche, mais moelleuse. Les tannins puissants sont désormais parfaitement fondus et assurent une très belle structure. Très belle amplitude en bouche et impression étonnamment soyeuse pour ce cépage réputé dur. Beaucoup de matière mais une agréable fluidité. Complexité aromatique moyenne mais très forte intensité: des notes de genièvre, de poivre, de pain grillé, de réglisse et de cuir. Très bel équilibre. La puissance aromatique balance bien les 14° du Montus. Finale très longue et très marquée.

Un vin magnifique, typé et désormais parfaitement à maturité. Peut certainement évoluer encore sur une dizaine d’années.

Attention tout de même: une bouteille identique stockée dans les mêmes conditions ouverte il y a 6 mois avait révélé un nez et un goût déséquilibrés fortement dominés par le réglisse noir très entêtant, Sans doute Une bouteille défectueuse. Rendez-vous dans 1 ou 2 ans pour la prochaine ouverture d’un Montus « Prestige » 2000!.

Semaine des Primeurs dans le Bordelais

Avril 2015

Rendez vous annuel incontournable et rituel pour les acheteurs professionnels du monde entier qui convergent vers Bordeaux pour découvrir le nouveau millésime et ainsi évaluer les commandes qu’ils envisageront de passer. Ce subtil équilibre de demande et d’offre aboutit à la formation des prix « en primeur » du millésime. Le terme « primeur » fait référence au fait que les vins seront-pour une part variable de la récolte des grands châteaux- achetés et payés « en primeur » c’est à dire immédiatement mais livrés qu’au terme de leur élevage en futs de chêne puis leur mise en bouteille dans 18 ou 24 mois.Ce système très particulier de commercialisation propre aux grands Bordeaux présente l’avantage de procurer de la trésorerie aux châteaux tout en permettant aux acheteurs d’acheter tôt en espérant une éventuelle plus-value future.

Nous avons gouté les primeurs 2014 au château la Dominique à St Emilion où plus de 200 propriétés présentaient leurs vins, dont toutes celles-nombreuses- conseillées par Michel Rolland.

Après un millésime 2013 difficile et des millésimes 2011 et 2012 corrects, 2014 redonne le sourire au marché et aux amateurs! La plupart des vins dégustés présentaient une belle matière très prometteuse et un bel équilibre. La concentration est bien présente, accentuée par un mois de septembre très sec qui a restreint les quantités.

A coté des Bordeaux primeurs ce fut aussi l’occasion de retrouver quelques vins intéressants de provenance plus lointaine: le surprenant Karas d’Arménie, berceau de la vigne, l’Amphorae israélien, le Clos Apalta de Lapostolle qui témoigne de ce que le terroir chilien peut produire de très bon quand les conditions sont réunies.

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Les vignobles de Savoie méritent d’être redécouverts!

Décembre 2014: YO VINO en Savoie

 

Les vins de Savoie ont longtemps été cantonnés à l’accompagnement de la fondue dans les stations de ski, pour les blancs et à l »ingrédient de base des rouges limés de comptoir pour les rouges.

Si vous gardez cette vision des vins savoyards, il est temps de faire une petite mise à jour!

Il est vrai que ce petit vignoble qui grimpe à l’assaut des pentes n’est pas exposé médiatiquement et que la plupart des guides le présentent quasiment toujours dans un bref chapitre commun avec les vins du Jura, par ailleurs très intéressants mais avec lesquels ils n’ont absolument aucun point commun!

Entre la Savoie et la Haute-Savoie le vignoble compte une quinzaine d’AOC, qui produisent des vins très différents et typés à base de cépages essentiellement locaux. Si les Chasselas de Crépy, ou les Roussette Altesse ou encore les Gamay et Pinot de Chautagne proposent de très beaux vins, nous nous sommes surtout attardés dans les vignobles de la Combe de Savoie, Apremont, Chignin et Arbin.

Le vignoble des Abymes, qui comprend l’appellation plus spécifique Apremont, a colonisé les collines d’éboulis calcaires formées par l’éboulement du Mont Granier en 1248. Le cépage original unique Jacquère donne dans ces pentes un blanc très sec et léger, à l’acidité rafraichissante et aux arômes distinctifs de silex.Il faut avoir gouté un Apremont dans la cave en terre battue des Masson, père et fils pour apprécier ce que peut donner ce cépage longtemps déconsidéré: magnifique de vivacité et de pureté!

En face, de l’autre coté de la Combe de Savoie, s’étend le vignoble de Chignin, Montmélian et Francin sur les pentes calcaires de La Savoyarde orientées plein sud. Ce vignoble donne d’intéressants blancs de Jacquère, quoique moins vifs que les Apremont. Mais le véritable seigneur des lieux est le Bergeron, nom localement donné à la Roussanne, cépage blanc des Hermitage, qui donne ici un vin puissant aux arômes complexes d’abricot, de mangue, de fleur d’acacia, tout en gardant une belle fraicheur.  Il y a plus d’une vingtaine d’années, un vigneron de Francin, Robert Girard-Reydet a expérimenté une cuvée de vendanges tardives avec son Bergeron et a fait école depuis. Essayez, si vous la trouvez sa cuvée d’exception, aux arômes de fruits confits et fruits exotiques…sublime! Un vin qui a sa place parmi les meilleurs blancs français. On est loin du vin à fondue!

En contournant légèrement La Savoyarde vers l’Est, on arrive dans le vignoble d’Arbin, terre de prédilection de la Mondeuse, autre cépage strictement local, et certainement très ancien. Certains l’apparentent à la Syrah ou en font le descendant du vitis allobrogica déjà célébré par Pline l’Ancien. Ce cépage qui n’a longtemps donné que des petits vins de comptoir maigres, a connu depuis 30 ans une véritable renaissance sous l’impulsion de quelques vignerons visionnaires et acharnés, dont le pionnier et le pape fut sans doute Charles Trosset. Sa Mondeuse Prestige des Arpents, produite ensuite par ses fils qui lui ont succédé, et désormais quasi introuvable, est un véritable chef d’oeuvre. Une robe violine, un bouquet incomparable de violettes, de poivre, de cuir. Un corps léger et nerveux. Un vin superbe à nul autre pareil. D’autres très bons vignerons ont emboité le pas et font désormais honneur à ce cépage passionnant parce que si particulier. Citons notamment Magnin, Quenard, Genoux, Vullien, Grisard parmi les très bons producteurs. Un signe infaillible du renouveau de ces vins: les vignes grimpent d’année en année plus haut sur les pentes de La Savoyarde.

YO VINO dans les vignobles crétois

Octobre 2014

La Crète est le berceau de la vigne en Europe, arrivée depuis la Mésopotamie il y a près de 4000 ans. Aujourd’hui la vigne est encore très présente dans cette grande ile tout au sud de la mer Egée entre l’Afrique et l’Europe. Les principaux vignobles sont situés dans les régions de Sitia, Arachnes, Dafnes et Pezia, dans la partie Nord de l’Ile, mieux protégés des vents d’été brûlants de Libye. Leur situation assez élevée, généralement entre 300 et 450 m d’altitude sur des sols volcaniques et calcaires assurent une acidité suffisante et un bon équilibre à ces vins.

La plupart des propriétés sont familiales et de petite taille-hormis quelques coopératives et groupes nationaux comme Boutari-
Les installations de vinification restent très traditionnelles et artisanales dans la plupart des propriétés.
Nous avons goûté plus d’une centaine de vins, blancs et rouges et la première impression d’ensemble est la typicité marquée ainsi que le bon niveau de qualité moyenne de ces vins.

Oubliez le Retsina de base, d’ailleurs surtout bu par les touristes et dans l’Attique. Nous avons ici à faire à de vrais vins dignes d’intérêt, au même titre que les Nemea et les Naoussa continentaux.

La typicité est assurée par des cépages essentiellement locaux et anciens-Muscat, Malvoisie, Vilana, Vidiano pour les blancs et Liatiko, Mandilari et Kotsifali pour les rouges. Quelques cépages internationaux ont été plantés-syrah, grenache- mais ils restent heureusement très minoritaires. Les blancs de Vilana et Vidiano sont particulièrement frais et fruités tout en conservant une belle acidité. Avec ses arômes très marqués de pêche jaune et abricot, le Vidiano rappelle beaucoup le Viogner. Quant aux rouges, nous avons été surpris de la complexité et de l’équilibre aromatique des rouges, présentant souvent de très beaux tanins. 2 bouteilles de 12 ans et 15 ans d’âge nous ont convaincus de la capacité de ces vins à bien évoluer et les quelques bouteilles ramenées en France ont parfaitement passé le test du dépaysement: ils conservent toutes leur qualités hors de leur contexte géographique et méritent bien mieux que d’être considérés comme d’agréables vins touristiques.